La poignée de sable

Cette nuit, je n’arrivais pas à dormir, non (pour une fois) je n’étais pas malade, j’étais réveillée. Je pensais à ce si petit bébé en moi, j’essayais d’imaginer sa taille, le reste me paraît tellement abstrait pour le moment. Tout à coup, je l’ai vu comme une poignée de sable. C’était comme une évidence. Du sable qui te coule entre les doigts, je ne pourrai pas le retenir et c’est bien ainsi. Le même sable qui remplit les sabliers. Je sais que tu grandiras aussi vite que du sable qui coule entre mes doigts. Je sais que je dois profiter de chaque instant de cette grossesse, de chérir chaque grain de sable de toi en moi. Mais c’est aussi une poignée de sable qui te gratte les yeux quand on te le lance au visage… Tu es tout ça mon bébé, ce qui m’a vidé et ce qui me remplit. Et puis je me suis souvenue de ce que j’avais répondu à la sage-femme quand elle m’a demandé ce que je ressentais : c’est comme du sable dans l’estomac qui empêche tous les aliments de passer. Je me souviens des heures à me concentrer, à méditer, à respirer pour essayer de dissoudre ce sable. Maintenant qu’il est plus bas, je voudrais le garder pour toujours… Cette poignée de sable est pour moi toute l’ambiguïté d’une grossesse, elle est ce que j’ai désiré le plus au monde, mais aussi ce qui m’a détruit et puis ce qui me fait tenir debout malgré tout. Il est ce qui fera de moi ta mère et ce qui fait que je sais déjà que je devrais te laisser grandir et t’envoler comme une poignée de sable qui coule entre les doigts. Par ce sable mon amour, j’essaierai de te donner des racines et des ailes…

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