Le fabuleux destin du sèche cheveux de ma mère

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La semaine dernière, mon croq reporter et moi sommes partis visiter l’atelier et le centre de tri de l’association ENVIE 31. Envie 31 fait partie du réseau Envie, qui compte plusieurs dizaines d’entreprises sociales engagées dans l’insertion sociale sur tout le territoire français : les structures forment et emploient des personnes en rupture de parcours professionnel, pour qu’elles puissent apprendre un métier et retrouver un travail. En l’occurrence, ces personnes s’exercent dans des métiers techniques, de manutention ou logistiques en traitant nos anciens appareils électriques et électroniques. Soit pour leur donner une nouvelle vie et les revendre à des prix solidaires dans leurs magasins d’occasion, soit pour les recycler dans les règles de l’art. Nous avons eu la chance de faire cette visite dans le cadre de mon partenariat avec Eco-systèmes, l’éco-organisme qui sélectionne, organise et coordonnes les acteurs du traitement des déchets électroniques depuis 2006 (date de l’entrée en vigueur de la directive européenne). Il s’est beaucoup impliqué pour que ce réseau expérimenté (plus de 30 ans d’existence) au modèle social si vertueux, ait toute sa place parmi les acteurs officiels du recyclage.

Nous avons donc embarqué avec nous le sèche cheveux de ma mère, si vous vous souvenez bien, il n’avait plus grand espoir de faire une pub pour un shampoing mais son destin promettait encore quelques rebondissements…

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Nous avons donc été reçus comme des ministres et mon petit assistant a adoré notre visite. Il a trouvé cela passionnant. Il faut dire aussi que c’était aussi très impressionnant. La quantité d’appareils collectés renvoie quand même une bien triste image de notre société de consommation. Mon grand garçon était sérieux comme un pape (au début du moins !), il avait préparé des questions, il était très curieux et investi. C’était vraiment chouette de faire ça avec lui. Je trouve que c’est vraiment important de sensibiliser leur génération au recyclage et à l’écologie. Ce n’est pas à eux de payer notre boulimie consumériste mais si on veut changer les mentalités, je suis persuadée que c’est par les enfants qu’il faut passer.

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Nous avons pu comprendre un peu mieux ce que deviennent les appareils électro-ménagers après leur collecte, que ce soit en déchetterie, en magasin ou dans les différents points de collectes. Alors déjà, sachez que chaque appareil qui fonctionne avec une prise ou une pile doit être recyclé et ne peut pas aller à la poubelle directement. Mon croq avait repéré la petite poubelle barrée sur sa brosse à dents électrique mais pour les jouets cassés, il ne le savait pas. On en amène régulièrement chez Emmaüs et je sais qu’ils s’occupent aussi de les trier.

Il y a toute une partie des appareils collectés par Eco-systèmes qui sont encore en état de marche ou qui peuvent être retapés. L’atelier de l’association ENVIE s’occupe entre autre de cette partie. Visiblement, il y a d’abord une grosse partie nettoyage/décrassage des appareils. On pourrait déjà prolonger la vie de nos appareils en les entretenant mieux. Après, les fabricants pourraient aussi y mettre du leur, c’est certain. Nous avons notamment rencontré les mac Gyver des écrans plats qui nous ont montré comment ces petits malins de fabricants ont trouvé judicieux par exemple de mettre un composant qui chauffe juste à côté d’un autre assez fragile. L’obsolescence programmée et notre soif de consommer des appareils toujours plus à la pointe m’a filé la gerbe. Cette quantité d’appareils, c’était presque irréel.

La réalité économique est aussi que la grande majorité des produits électriques et électroniques sont conçus et produits en Asie, bien loin de nous, où la main d’oeuvre ne coûte pas cher (le salaire d’un ouvrier chinois dans une usine et sans commune mesure avec celui d’un technicien expert et qualifié européen). C’est la raison pour laquelle les prix de vente (et donc la valeur intrinsèque et perçue) de ces produits ont si fortement chuté en 10-15 ans ! Les réparer ici en France coûte trop cher, alors nous tombons dans un modèle où l’on préfère jeter un appareil en panne pour en racheter neuf…). Il faudrait que plein d’autres pays dans le monde (gros consommateurs de produits électroniques) suivent le modèle de financement/traitement des déchets de la France/Europe pour arriver à faire vraiment pression sur ces grands groupes industriels pour qu’ils misent sur la qualité, la réparabilité, l’évolutivité des appareils (l’éco-conception quoi !). Mais il faut bien commencer quelque part et espérer que les consommateurs du monde entier puissent être éduqués/sensibilisés à ces gros enjeux environnementaux pour pousser les industriels à produire autrement…

Heureusement, c’était vraiment positif de découvrir la démarche d’ENVIE et de leurs employés. A l’atelier, ils sont 14 en parcours d’insertion et j’ai aimé découvrir leur débrouillardise. Prendre un composant sur un appareil définitivement cassé, essayer de relancer un composant dont la durée de vie a été volontairement comptée… L’organisme Eco-systèmes en profite aussi pour faire remonter des remarques aux fabricants qui ne sont pas tous de mauvaise volonté, surtout qu’ils ont intérêt à ce que l’éco-participation pour la collecte et le recyclage des déchets ménagers soit la moins importante possible.

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Nous avons aussi pu visiter le magasin et c’était assez bluffant. Si nous ne l’avions pas su, nous aurions eu du mal à deviner qu’il s’agissait d’appareils ménagers d’occasion. Les appareils sont vendus avec un an de garantie, pièces et main d’oeuvre comme on dit et ils font même des réparations sur des appareils achetés ailleurs.

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La partie la plus impressionnante de la visite c’était le centre de traitement. Il n’y avait plus d’espoir de réparer notre sèche cheveux alors nous avons du nous résigner, la larme à l’oeil à l’emmener là bas… Si l’atelier est un peu le médecin de l’association, le centre de traitement est plutôt l’abattoir !

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Mon croq, plus fasciné que jamais a pu suivre les différentes étapes de dépeçage du sèche-cheveux, le broyage, les différents aimants… Moi, je n’ai pas tout retenu !

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Et voilà comment l’histoire du sèche cheveux s’est terminée. Enfin pas tout à fait puisque maintenant les différents matériaux vont être envoyés chez des affineurs qui pourront lui donner une deuxième vie. Soyez pas triste, il sera réincarné en brosse à dents ou en  stylo !

Pour les toulousains, si cela vous intéresse, sachez qu’une collecte d’appareils usagers est organisée le Samedi 15 Décembre, place Olivier et au 33 Boulevard de Strasbourg.

7 comments to Le fabuleux destin du sèche cheveux de ma mère

  • Elena

    Bonsoir, Je suis câbleuse en électronique, formée dans le domaine aéronautique.

    Le petit condo ou la petite résistance qui a cramé et qui fait que ton appareil ne fonctionne plus ben c’est une pièce à 0.15 cts/0.30 cts /50 cts/ 1 euros …

    Si çà ne fonctionne pas en changeant le composant qui à l’air défectueux de visu il faut faire des tests et là çà coûte très cher parcequ’il y a des dizaines de composants et qu’il faut trouver le petit farceur.

    Le Made In France existe en électronique, mais pas dans l’électroménager.
    Ce qui vient de Chine c’est juste très mauvais en terme de qualité.
    Comme toutes les soudures sont moches c’est juste impossible de retrouver un composant défectueux

  • C’est une super expérience, merci pour le partage. JE n’aurais pas eu l’idée de visiter ce genre d’endroit, pensant que c’est même interdit au public.

  • Très intéressant !
    Petite anecdote en lien : l’année dernière, notre machine à laver est tombée en panne. J’aurais bien aimé faire appel à un réparateur, mais je ne savais pas où le trouver, à qui faire confiance, combien ça coûterait… Et puis une panne de machine à laver, tu ne peux pas trop tergiverser, donc on a fini par en recommander une neuve chez D***y avec l’espoir qu’ils emmèneraient l’ancienne se faire réparer pour rejoindre le réseau Envie justement (par manque de temps et de proximité géographique, c’est également une option que j’ai dû écarter).
    Et puis cette année, bim, c’est notre four qui a donné des signes de faiblesse. Là, on a davantage eu le temps de réfléchir (on a juste été privés de pain maison pendant un mois). Et j’ai fini par trouver un réparateur… sur les pages jaunes, tout bêtement ! Je me suis sentie vraiment dégénérée de ne pas y avoir pensé plus tôt :-p (merci quand même au système de notation du site qui m’a permis de choisir un artisan qui m’inspirait confiance, plutôt que totalement au pif) Même en étant sensible aux 3R, j’ai trouvé fou d’avoir du mal à trouver une solution pour réparer. Du côté des institutions, il faudrait vraiment faciliter et donner de la visibilité à cette option car elle reste encore trop marginale…
    (PS : au final, ça nous a coûté cher, mais moins qu’un four neuf, et beaucoup moins cher à la planète en matière de ressources)

  • Passionnant!
    J’ai entendu parler d’ENVIE il y a très peu de temps, il n’y en a pas par ici, le plus près est Toulouse.
    Mais je retiens cette enseigne !!

  • MarionZ

    Lorsque j’étais enfant, les problèmes écologiques étaient vraiment source d’angoisse pour moi. Alors aujourd’hui, en tant qu’enseignante, je traite évidemment de ces problèmes avec mes élèves (et des solutions, même si elles semblent si fragiles) mais je trouve très difficile de ne pas être trop dramatique avec eux tout en leur faisant comprendre la gravité de la situation. Votre visite me donne envie d’en faire autant avec ma classe, une de ce genre en tous cas, merci.

    Et je voulais souligner que j’aime bien venir trainer sur votre blog pour une de ces raisons : il me semble que vous arrivez à trouver un joli équilibre entre l’insouciance de l’enfance et la réalité des problématiques de notre société aujourd’hui, ça ne doit pas être facile, mais c’est agréable à constater.

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